Ensemble_Correspondances_TCE_12-2019_©_Jean-Marc_Berns
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Le dim. 27 Sep 2026 17:30

Abbaye de la Lucerne

Une couronne de roses

Billetterie

Le siècle de Louis XIV est celui d’un roi amoureux des arts, féru de technologies, ambitieux au point d’être souvent trop conquérant. Cette personnalité imposante a transformé le cours de l’Histoire, de la géographie, des sciences, de la société d’alors, jusqu’à la nôtre aujourd’hui, ou encore métamorphosé l’urbanisme.  

Dans cette transformation des villes, la religion, intimement liée au pouvoir royal, a aussi une part importante. Le renouveau du culte marial au XVIIe siècle occasionne la construction de nombreux convents à Paris, avec une accélération jamais revue depuis le XIIIe siècle. La ferveur du temps, mais aussi la fondation par de puissantes femmes (riches veuves ou dames repentantes de la Cour) augmente considérablement le nombre de couvents dans et autour de la ville : des cent couvents de femmes à Paris fermés à la révolution, quatre-vingts ont été fondés au XVIIe siècle… Leur place physique dans la ville, bâtiments et grands jardins, est considérable. Les missions de ces maisons, loin d’être toutes fermées, jouent un rôle décisif dans l’évolution de la société d’alors : services sociaux (mendiants, enfants trouvés, personnages âgées), éducatifs, hospitaliers…  

Cette place centrale a une incidence évidente sur le domaine artistique : ces maisons mobilisent souvent de grands musiciens pour contribuer à leur vie musicale. Marc-Antoine Charpentier a ainsi composé pour plusieurs abbayes ou maisons religieuses : abbaye aux bois, maison professe des Jésuites, abbaye de Montmartre, ou encore l’abbaye de Port-Royal.  

Parmi les lieux qu’il a également assidument côtoyés, le couvent de la Merci fut sans doute le plus proche pour lui : l’ordre est installé par Marie de Médicis en 1613 rue du Chaume, l’actuelle rue des Archives, à quelques pas donc de l’hôtel de Guise où séjournait Charpentier. La Duchesse de Guise en étant l’une des grandes protectrices, cette église tient lieu de paroisse pour la vie religieuse de sa maison, en complément de la petite chapelle qui se trouve en son sein. C’est aussi sa « musique », autrement dit chanteurs, instrumentistes et compositeur qu’elle emploie, qui en assure l’essentiel de la vie musicale. La grande majorité des motets de ce programme reflète parfaitement l’effectif qui pouvait alors s’y produire et le style d’œuvres qui animaient les offices.  

Autour de Marie de Guise se développe une cour très différente de celle du roi (dont elle est relativement distante) : on trouve dans son hôtel particulier une société passionnée d’art, de musique, de de lettres, de sujets religieux, à l’instar de l’abbé du Bois, traducteur de St Augustin et de Cicéron. Les sujets des écritures, les personnages inspirants de la Bible, les figures féminines telles animent les conversations de ses salons, et guident la création des artistes de cette cour, à commencer par Marc-Antoine Charpentier.

A la manière d’un discours justement, ce programme, entièrement consacré à ce compositeur, emprunte la forme du rosaire, rappelant les mystères successifs de la Vierge Marie : joyeux pour l’annonciation ou la Nativité, lumineux pour la transfiguration, douloureux pour la semaine sainte, et enfin glorieux pour l’Assomption. Ce parcours méditatif a inspiré à Charpentier des motets en petite formation, d’une intensité moins en miroir des ors de Versailles que de la peinture italienne sacrée qui ornait les salons de l’hôtel de Guise, au cœur de ce Paris du Grand Siècle.  

PROGRAMME

Symphonie pour un reposoir H.533
Salve Regina H.23

Mystères joyeux (lundi, samedi)
L’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation au Temple, le Recouvrement
de Jésus

Quam Gloriosa H.400
Pour l’Epiphanie H.395

Mystères lumineux (jeudi)
Le Baptême de Jésus, les Noces de Cana, l’Annonce du Royaume, la Transfiguration
Symphonie pour un reposoir H.533
Ave verum Corpus H.329

Mystères douloureux (mardi, vendredi)
L’Agonie, la Flagellation, le Couronnement d’épines, le Portement de la Croix, la
Crucifixion

Le Reniement de St Pierre H.424
Magdalena Lugens H.343 a

Mystères glorieux (mercredi, dimanche)
La Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption, le Couronnement de Marie
In Assumptione Beatae Mariae Virginis H.353
Gaudia Beatae virginis Mariae H.330
Magnificat H.80