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Le jeu. 10 Oct 2024 20:30

Sainte-Chapelle

Les Heures musicales de la Sainte-Chapelle – La Voix des Anges

Billetterie

Tout au long du XVIIsiècle, Paris voit se multiplier les couvents de religieuses, dans la logique du renouveau de la piété et de la contre-réforme. A la fin du siècle, on en dénombre près de 600 intra-muros ! Ils sont des lieux de prières, parfois des hôpitaux, des hospices, des lieux de charité, des lieux de retraite pour les femmes (notamment celles qui quittent leur mari) ou encore des lieux d’éducation pour les jeunes filles : les collèges étaient exclusivement réservés aux garçons. 

Chaque couvent dépend d’une congrégation, ou d’un ordre qui impose une règle. Celle-ci régit le temps et l’espace dans le quotidien des religieuses et de tous ceux qui vivent ou travaillent entre les murs du couvent. La règle définit notamment la place que doit y occuper la musique : elle diffère donc d’un lieu à un autre. Deux autres paramètres peuvent changer la place de la musique dans une maison religieuse : les moyens dont elle dispose (la musique coûte cher déjà à cette époque !) et le goût de la mère supérieure. Plusieurs exemples montrent que la mère abbesse donne sa propre interprétation de la règle pour faire place à la musique qui la passionne…  

Ainsi dans la majorité de ces 600 couvents parisiens, la musique résonne : d’abord (et souvent exclusivement) avec le plain-chant, qui est la racine du chant sacré de la chrétienté. Le répertoire ne remonte pas toujours, comme on pourrait le croire, à la nuit des temps : il est parfois composé ou arrangé spécifiquement pour un lieu, dont il devient l’une des signatures du cérémonial spécifique. Comme à la cour de Louis XIV, mais d’une tout autre manière, la musique marque ainsi la puissance et l’indépendance. 

Certains couvents plus rares, toujours fortunés, offrent une place de choix à la musique. On y voit les religieuses et les demoiselles s’adonner à la pratique du chant figuré (des motets, et non plus seulement du plain chant) et des instruments. C’est le cas par exemple de l’abbaye royale de Montmartre au milieu du XVIIe siècle où l’on rapporte que les religieuses chantaient et jouaient des instruments (orgue, viole, luth) pour s’accompagner. Antoine Boësset en était l’organiste et le maître de musique (adoré des religieuses dit-on). Ce compositeur majeur du temps de Louis XIII, connu pour ses airs de cour et ses ballets, dont les timbres courent sur toutes les lèvres depuis les salons jusqu’à la rue, compose donc pour ces dames de Montmartre un répertoire totalement original, en polyphonies à voix égales. Ce répertoire révèle aussi à quel point Boësset manie le contrepoint et les harmonies pour produire une sublime musique, très éloignée de ses airs célèbres. 

Plus tard dans le siècle, Madame de Maintenon, seconde épouse (morganatique) de Louis XIV, fonde une institution religieuse destinée aux jeunes filles pauvres de la noblesse. La musique y trouve une place quasi centrale et les plus grands compositeurs de musique sacrée d’alors s’y trouvent impliqués : Gabriel Nivers ou Nicolas Clérambault. Ils composent pour ce couvent une musique d’une immense profondeur, mais allant parfois chercher l’individualité des chanteuses au-delà d’une réserve naturelle qu’attend la protectrice du couvent. Devant tant de débordements de sensualité, la musique finit par disparaitre simplement : elle est considérée comme trop subversive ! 

Ces voix féminines restent aujourd’hui encore nimbées de mystères et de légendes. Les couvents de femmes tels qu’ils sont décrit par les rares privilégiés qui peuvent y laisser une oreille, mêlent l’excellence à la rareté : l’accès au chœur étant strictement interdit, l’impossibilité de voir qui produisaient ces sons ont souvent donné aux rares visiteurs l’impression d’être au paradis, entourés des anges musiciens. Le chant de ces femmes, déjà à l’époque, élève les sens de ceux qui les entendent, à leur ravir l’âme… 

Compositeurs : Antoine Boesset, Gabriel Nivers, Nicolas Clérambault.