Promenades Musicales du Pays d'Auge
Bach : Cantates de Weimar
BilletterieAprès un premier programme dédié aux toutes premières cantates de Bach composées lorsqu’il occupait son poste de maître de chapelle à Mülhausen, l’ensemble Correspondances poursuit ce chemin avec Johann Sebastian Bach avec la deuxième étape qui a marqué la vie de ce tout jeune compositeur : son arrivée à Weimar.
Weimar est en réalité plutôt un retour : alors qu’il n’avait que 18 ans, il y a occupé un premier emploi de « laquais et violoniste » dans l’orchestre du frère du duc de Weimar. Il s’y fait entendre et repérer comme organiste, ce qui lui assure quelques mois plus tard d’obtenir la tribune d’Arnstadt. On sait que ce premier poste ne tiendra pas non plus très longtemps : mécontent du chœur, les récriminations régulières de ce jeune musicien, ajoutées à ses altercations avec d’autres musiciens, et son absence unilatéralement décidée de quatre mois pour aller rendre visite au grand Dietrich Buxtehude auront passablement irrité le clergé…
A l’automne 1707 il arrive donc à Mulhausen au poste d’organiste. C’est cette année que sa première cantate voit le jour, inaugurant un cycle monumental qui lui vaut d’être 3 siècles plus tard directement associé à ce genre. Les relations avec ses supérieurs sont excellentes, mais la montée en puissance d’un piétisme puritain, méprisant la musique, fait songer à Bach que l’heure du départ a sonné : c’est à Weimar qu’il va chercher une nouvelle position.
En 1708, il devient organiste et premier violon solo à la chapelle du duc de Weimar. Pendant près de dix ans, cette cour lui offre des moyens musicaux à la hauteur de son protecteur : chanteurs, instrumentistes, grand orgue, pour lesquels il compose ordinairement. A partir de 1713, il est en charge de la composition d’une cantate par mois. En 1714, trois cantates majeures naissent sous sa plume.
La première d’entre elles, Ich hatte viel Bekummernis BWV 21, aurait peut-être été composée dès Mulhaüsen, néanmoins c’est à Weimar en juin 1714 que la cantate est créée, avant d’être reprise plusieurs fois jusqu’à Leipzig. C’est avec cette œuvre que Bach se présente pour briguer certains postes : c’est probablement l’une de ses musiques dont il était le plus fier. C’est aussi l’une des plus développées de toute son œuvre (plus de 40 minutes). Le texte, centré autour de l’affliction du chrétien, inspire des lignes et des harmonies déchirantes.
En avril 1714, il compose Weinen Klagen Sorgen, la plus fameuse des trois, retravaillée pour le crucifixus de la grande messe en Si mineur. La puissance émotionnelle de ce grand chœur amplifie les « pleurs, les lamentations, les tourments et le découragement » des premiers mots du texte de Solomon Franck.
Enfin, il s’agit de quitter les larmes du pécheur avec la cantate Erschallet, ihr Lieder BWV 172, créée en mai 1714. Pour Alfred Dürr, ce fut aussi l’une des cantates chéries du compositeur, qui la redonne à de nombreuses reprises jusqu’à Leipzig. L’orchestration brillante, la virtuosité des chœurs en font un hymne de joie, une réjouissance de la communauté par la musique : « Faites retentir vos chants, faites vibrer vos cordes ! O heures bienheureuses ! Dieu préparer nos âmes à entrer dans son temple ! ».