«Le coup de génie de Daucé est d’avoir, selon les habitudes de l’époque, associé la musique française et la musique italienne : d’un côté les entrées triomphales, avec leurs roulement de tambour, leurs rythmes pointés et leurs timbres chatoyants, de l’autre, les récitatifs passionnés et les mélodies sensuelles ; d’un côté la danse, complétée par quelques airs d’inspiration lulliste, de l’autre la voix et ses troublants « affetti » ; d’un côté, le décor, de l’autre, le drame. Avec, en note d’intention, ce « Récit de la Nuict » irréel de mystère et d’ombre, et passerelle esthétique en les deux mondes.»

Sous la direction de Sébastien Daucé, le chatoyant « Concert Royal de la Nuit »

Le Concergebouw de Bruges était comble, samedi dernier, pour accueillir une des productions phares du Musica Antiqua Festival : ce fameux « Concert Royal de la Nuit » authentiquement réinventé par Sébastien Daucé (lire interview du 4 août), nouveau porte-flambeau du baroque français. Un groupe de 77 danses, retrouvées presque par hasard, fut, pour le jeune claveciniste, le point de départ d’un immense travail de recherche et d’écriture en vue de reconstituer –  librement… – ce que put être le fameux « Ballet Royal de la Nuit » donné en 1653 en l’honneur du jeune Louis XIV, alors âgé de 15 ans. Plus aucune trace de l’événement, sauf la partie violon de ces danses (toutes en sol mineur) mais ce fut assez pour guider Daucé dans l’élaboration et l’écriture du concert-spectacle que le public découvrit samedi.

« Languissante clarté »

Quatre parties – correspondant aux quatre Veilles qui précédèrent l’apparition du (jeune) Roi Soleil – étaient bâties sur quatre thèmes : la Nuit, Vénus et les Grâces, Hercule amoureux, et Orphée. Comme on lit, des thèmes allant de la mise en contexte (la nuit – sublime air de J. de Cambefort par Lucile Richardot) ) à l’ultime sommeil (la mort d’Eurydice, de Rossi, par Caroline Weynants), avant le grand ballet final. 20 chanteurs, 28 musiciens – certains jouant plusieurs instruments – et le chef, lui-même au clavecin et à l’orgue, soit 50 musiciens solistes étaient en charge d’instaurer le climat particulier prêté à cette fête.

Le coup de génie de Daucé est d’avoir, selon les habitudes de l’époque, associé la musique française et la musique italienne : d’un côté les entrées triomphales, avec leurs roulement de tambour, leurs rythmes pointés et leurs timbres chatoyants, de l’autre, les récitatifs passionnés et les mélodies sensuelles ; d’un côté la danse, complétée par quelques airs d’inspiration lulliste, de l’autre la voix et ses troublants « affetti » ; d’un côté, le décor, de l’autre, le drame. Avec, en note d’intention, ce « Récit de la Nuict » irréel de mystère et d’ombre, et passerelle esthétique en les deux mondes.

Bientôt la mise en scène ?

Pour donner ce patchwork (ou pasticcio ou opéra-collage…) sa vie et son éclat, Daucé avait réuni des interprètes magnifiques, chacun en charge à son tour d’interventions solistes : outre la partie vocale, magnifiquement distribuée, on notera la virtuosité des percussions (Sylvain Fabre), du continuo – violoncelles, violes, luth, clavecins -, et du cornet à bouquin (Adrien Mabire). En tout, deux heures d’enchantement dont on espère le grand saut de la mise en espace à la mise en scène.

Sortie de CD en septembre, chez Harmonia Mundi.

Martine Mergeay, Août 2015

 

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