« D’une élégance racée, de feu et de glace sous une distance faussement solennelle, sous une réserve de pure défense. D’une justesse millimétrée, leur interprétation concilie science raffinée de l’harmonie et instinct terrien des émotions. »

Sébastien Daucé est l’un des chefs baroques les plus fameux de sa génération. Il sera présent, à la tête de son ensemble Correspondances, au festival d’Ambronay.

Né et grandi en Bretagne, où il s’inscrit en musicologie à la faculté de Rennes, parachevant en 2002 sa formation au département de musique ancienne du conservatoire de Lyon (l’excellente claveciniste Françoise Lengellé le compte parmi ses élèves), Sébastien Daucé n’a pas succombé aux séductions qu’une grande capitale tend aux jeunes artistes de province. Il est resté sagement à Lyon où, en 2008, il fonde son propre ensemble, Correspondances, une douzaine de jeunes chanteurs épris comme lui de répertoire sacré, a cappella ou soutenu par un continuo de peu d’instruments – petit orgue positif ou clavecin, théorbe ou luth, viole de gambe ou violoncelle.

La clairvoyance de Sébastien Daucé est à l’exemple de celle d’un Marc-Antoine Charpentier, son compositeur fétiche. Face à l’animosité et à la jalousie que lui témoigne l’ombrageux Lully, régnant sans partage sur la musique de Louis XIV, l’auteur de David et Jonathas se détourne de Versailles et des allées du pouvoir. Pour se satisfaire des postes privés que Paris, métropole délaissée et dans l’ombre de l’olympe versaillais, lui offre – maître de la chapelle privée de Melle de Guise, maître de chapelle à l’église Saint-Louis et au collège Louis-le-Grand, deux places fortes des Jésuites.

Le premier grand succès discographique de Sébastien Daucé et de ses partenaires est d’ailleurs leur enregistrement des motets de Marc-Antoine Charpentier pour la maison de Guise. Une musique qui leur ressemble : d’une élégance racée, de feu et de glace sous une distance faussement solennelle, sous une réserve de pure défense. D’une justesse millimétrée, leur interprétation concilie science raffinée de l’harmonie et instinct terrien des émotions.

Quand il n’est pas à la tête de sa propre formation, Sébastien Daucé rentre humblement dans le rang et – sans problème d’ego, par simple conviction musicale – redevient continuiste anonyme (au clavecin ou à l’orgue positif), dans les ensembles de ses jeunes confrères. En particulier dans l’ensemble Pygmalion, de Raphaël Pichon, un alter-ego rencontré en 2006 lors d’une académie du festival d’Ambronay. Trentenaires l’un et l’autre, ils représentent typiquement ces jeunes chefs baroques de troisième génération qui, par la seule grâce d’être eux-mêmes, avec leur oreille neuve et gourmande, ne ressemblent en rien à leurs aînés – pionniers des années 1970, ou leurs héritiers directs des années 1990. Salubre indépendance, vivifiante liberté.

Gilles Macassar

Télérama, mai 2015

 

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