« Dans cet esprit, Sébastien Daucé a fait appel à Sophie Karthäuser, plus habituée à chanter Mozart que le répertoire sacré, et c’est une vraie réussite. »

Ténèbres en couleurs

“Depuis le VIIIème siècle, l’office des Ténèbres est bien ancré dans la liturgie catholique : les nuits du jeudi, du vendredi et du samedi de la Semaine sainte, on lit des psaumes ou l’on psalmodie les Lamentations de Jérémie en signe de deuil. On commence à minuit, à la lueur de bougies qu’on éteint progressivement pour arriver à l’aube du dimanche de Pâques où jaillit la « vraie » lumière, celle du Rédempteur et de la Résurrection. Dès la Renaissance, ces offices inspirent bien des musiciens, Tallis ou Gesualdo, entre autres, et, aux XVIIème et XVIIIème siècles, dans la France catholique, la Leçon de Ténèbres devient un genre musical à part entière. Pour assurer le succès, on avance les offices à l’après-midi des mercredi, jeudi et vendredi, et on y cultive le goût du noir, du sombre et de l’affliction chers à madame de Maintenon. Comme les spectacles s’interrompent durant la Semaine Sainte, c’est l’occasion pour des chanteurs d’opéra de briller dans un genre tout autre que le leur. Dans cet esprit, Sébastien Daucé a fait appel à Sophie Karthäuser, plus habituée à chanter Mozart que le répertoire sacré, et c’est une vraie réussite. Ces Leçons de Ténèbres de Delalande, publiées vers 1730, prennent ainsi une autre dimension grâce à un subtil équilibre entre la soliste au timbre magnifique et le chœur impeccablement en place. Il ne s’agit plus seulement de jouer sur la douleur, comme chez Couperin ou Charpentier, mais d’adopter le style des airs de cour en vogue à l’époque, sans gommer la fonction première des Leçons de Ténèbres. C’est ainsi qu’elles se parent délicatement de teintes plus humaines.”

Gérard Pangon

Musikzen –  2 avril 2015

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