« Sébastien Daucé réinvente le « Song » anglais « – Le Soir

«  Sébastien Daucé réinvente le « Song » anglais

 

Il conduira son Ensemble Correspondance, avec la mezzo Lucile Richardot, aux Midis-Minimes et à l’Été Mosan.

 

En quelques années, Sébastien Daucé s’est affirmé à la tête de son Ensemble Correspondance comme le spécialiste le plus pointu de la musique française du XVIIe siècle, signant des enregistrements remarquables de Charpentier, de Lalande et Moulinié ainsi qu’une formidable recomposition du fameux Ballet Royal de la Nuit qui sacra le roi danseur Louis XIV comme le Roi-Soleil. Tout récemment, ensemble avec sa mezzo Lucile Richardot, il a conçu un programme, enregistré pour harmonia mundi, autour du « song » anglais de la même époque. Il le présentera aux Midis-Minimes et à l’Été Mosan et l’a fait récemment triompher au Festival de Saintes. Nous en avons profité pour faire le point avec lui sur l’incroyable cohérence de sa démarche.

 

Vous avez fait vos études au Conservatoire national de Lyon qui semble être une référence pour la musique ancienne ?

Il y règne surtout un merveilleux esprit d’équipe où tout le monde peut parler à tout le monde. Les professeurs sont là et disponibles pour discuter avec vous. Cela permet aux musiciens de goûter des climats variés. C’est une démarche essentielle pour un jeune musicien que d’apprendre à connaître. Il doit sans cesse rester à l’affût et se faire son opinion de tout ce qu’il rencontre. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des points de recherche : pour ma part, j’ai décidé de creuser le répertoire français de la première moitié du XVIIe siècle, j’ai passé un temps fou à la Bibliothèque nationale à compulser des manuscrits, à lire des traités et c’est ainsi que je me suis construit ma perception de cette musique que je peux aujourd’hui partager avec mes musiciens.

 

Mais ce travail impose une nouvelle rigueur.

Elle est indispensable. On doit atteindre un équilibre entre le désir et la contrainte et c’est lui qui vous permet d’aller au fond des choses.

 

Vous pratiquez régulièrement des ateliers de « performance and practice ». En quoi cela consiste-t-il ?

Ce sont des ateliers de musicologie pratique où les théoriciens rencontrent des musiciens. Ceux-ci jouent les pièces en fonction des demandes de ceux-là mais aussi en accord avec les contraintes techniques. On essaie, on s’enregistre, on discute et on détermine ce qui est réalisable ou justifié. On construit ainsi un nouveau produit qui conjugue la rigueur scientifique, l’intuition et la science interprétative.

 

La musique française du XVIIe ne manque par ailleurs pas de références aux autres courants.

C’est évident et c’est ce qui fait sa richesse. Je ne peux pas interpréter la musique de Charpentier sans penser à la Rome de Carissimi et le ballet de cour est farci de références au « Mask anglais ». C’est ainsi qu’il nous a paru naturel d’investir l’univers du « song » anglais. Il se développe entre la musique nostalgique de Dowland et la fertilité théâtrale de Purcell. On réalise alors que cette musique est essentiellement dramatique et que chaque « song » constitue en soi une scène de genre, à l’instar des airs de cour d’un Michel Lambert ou d’un Antoine Boësset. Le lien avec la musique française qui reste notre épine dorsale devient alors évident et, avec notre soliste Lucile Richardot nous avons réellement pu investir dans l’expression.

 

Cela diverge beaucoup d’une certaine tradition de la mélancolie.

La mélancolie est un sentiment raffiné qui est mis en musique de façons très variées. C’est une sorte de culture des humeurs. Mais celles-ci ne vont pas toutes dans la même veine.

 

L’engagement, à la fois soutenu et réservé, conduit par le timbre fascinant de Lucile Richardot constitue d’ailleurs la grande révélation de ce programme, au disque comme au concert.

Deux incitants sont à la base de ce programme : une envie, partagée avec mon éditeur, de m’investir dans un programme avec une grande soliste. Nous sortions d’une merveilleuse collaboration avec Sophie Karthäuser et nous irons certainement plus loin avec elle mais, à ce stade, il me semblait essentiel de révéler un grand talent dramatique issu de mon équipe de base. Et je dois dire que nous nous sommes révélés l’un à l’autre au cours de notre travail pour arriver à des sommets insoupçonnés où nous avons immédiatement trouvé un public.

 

Comment avez-vous abordé ce genre dont on ne connaît quasiment pas les compositeurs ?

Nous y avons travaillé un an et demi. Deux sources s’imposaient, apparemment un peu décalées. Un sens de l’ornementation qui flotte littéralement dans l’air au sein d’une grande virtuosité rappelait les airs de cour à la française et d’un autre côté, il y a la tradition du ballet de cour qui se répand à travers l’Europe, bien avant Lully, sous la conduite des maîtres à danser français. Et n’oublions pas qu’un maître à danser était aussi le violoniste qui indique les pas et engendre la mélodie. C’est aussi une époque où la cour rentre de France après Cromwell avec dans la tête tout ce qu’elle a entendu à Paris. On va donc s’empresser de créer un opéra complet, une Psyché de Matthew Locke, qui précède le Venus & Adonis de Blow et la Dido & Aeneas sur laquelle nous reviendrons sans doute un jour. Dans ce voyage musical, le programme des « songs » constitue une étape capitale. »

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