» Une impression de bonheur retrouvé  » – Perpetual Night à Saintes

Musikzen – Perpetual Night, concert à Saintes – Juillet 2018

« De Saintes à Cognac, il n’y a qu’un pas, à peine trente kilomètres. Et les dégustations y sont du même ordre. Quand Lucile Richardot apparaît, drapée dans une robe cramoisie qui lui donne l’allure d’une déesse, on a déjà le pressentiment d’avoir affaire à un grand millésime : la couleur, la majesté, les ondes mystérieuses qui semblent se dégager. On ne présente pas grand cognac dans un environnement banal.

A la première des mélodies que Lucile Richardot nuance avec une attaque tout en douceur et un timbre d’une extrême chaleur, on est convaincu : ce nectar ne ressemble à rien. Conçu avec la mezzo par Sébastien Daucé, le maître de chai, il assemble les œuvres de compositeurs anglais du XVIIème siècle, qui, pour la plupart, poursuivirent leur chemin dans la clandestinité au moment du puritanisme de Cromwell […].

Dans un jeu de mise en place soigneusement orchestré, Lucile Richardot se fond avec les autres chanteurs de l’ensemble Correspondances, perce insensiblement, se détache, se déplace, se retrouve en soliste. Les arômes se révèlent, elle se lamente (O precious Time, de Martin Peerson) ou elle vitupère (Go perjured man, de Robert Ramsey), et la manière raffinée dont elle distille les finales reste longtemps dans les oreilles comme un grand cognac persiste en bouche.
Tout l’ensemble Correspondances finit en beauté avec Sing, sing ye Muses de John Blow, une chanson rythmée, qui annonce un autre temps, celui du théâtre (Purcell) et d’une musique au grand jour. De quoi vous laisser une impression de bonheur retrouvé. Comme si on avait réussi à goûter la part des anges. »

Gérard Pangon

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