Diamant d’Opéra Magazine pour Perpetual Night – Lucile Richardot et Correspondances

« Programme captivant pour le premier récital en solo de Lucile Richardot, idéalement accompagnée par Sébastien Daucé.

Divine surprise que cet audacieux Perpetual Night, porté conjointement par la magnétique Lucile Richardot et le non moins talentueux Sébastien Daucé, chef fondateur de l’ensemble Correspondances. Rares sont, en effet, les disques thématiques qui montrent une telle exigence dans le choix des oeuvres, une telle hauteur de vue dans l’agencement, une telle perspicacité interprétative.

Pour donner corps à cette exploration en règle de l’art vocal anglais sur plusieurs décénnies du XVIIe siècle, Richardot et Daucé se sont plongés avec passion dans les recueils disponibles de l’éditeur londonien de l’époque, John Playford, ainsi que dans les riches archives des bibliothèques de Londres et d’Oxford. En contrepoint, leurs recherches sur ce vaste pan rappellent l’impact indéniable des artistes et auteurs du Grand Siècle français sur la vie musicale de l’époque en Angleterre. Car, au-delà, des particularismes esthétiques des deux nations, il est intéressant d’observer à quel point l’art de jouer, de déclamer et de mettre en musique a évolué corrélativement.

D’une part, il n’est pas vain de mettre en perspective airs de cour et « songs », ballets de cour et « masks ». D’autre part, entre les célèbres Dowland et Purcell, une pléiade de compositeurs plus confidentiels (Banister, Coprario, Hart, Jackson, Lanier, Ramsey, Webb) ont ciselé de prodigieuses miniatures vocales et contribué à faire évoluer les codes établis. L’apparition du récitatif anglais, l’avènement des grands airs issus du « mask » (Care-charming sleep de Johnson), ou encore de simples scènes à la dramaturgie resserrée (Rise, princely shepherd de Hilton) montrent ainsi un goût certain pour l’expérimentation.

Habituée à aborder des répertoires variés, la voix ductile et singulière de Lucile Richardot s’empare de ces pages, à la fois très caractérisées et intimistes, avec conviction. Au fil d’un programme empreint d’une subtile mélancolie, les évocations tantôt symbolisées, tantôt incarnées convoquent tour à tour des figures mythiques, telles que Circé, Morphée ou Orphée. Dans ce dédale parfois onirique sondant les affects liés à l’amour, à la détresse ou au souvenir, le contralto pénétrant de la cantatrice française infiltre avec acuité les émotions les plus ténues.

Par ailleurs, il faut entendre avec quelle désinvolture Lucile Richardot discipline sa ligne vocale sur les mélismes les plus sophistiqués : tour à tour droite, vibrante, volontairement décolorée, pleine et capiteuse, cette dernière se déroule toujours de manière captivante. Il faut aussi souligner l’exceptionnelle diction de l’artiste. Dans sa bouche, les mots prennent sens et imposent une magie dont seul, jusqu’à présent, le grand Alfred Deller semblait détenir le secret. Enfin, l’écrin instrumental constitue un appui de tout premier ordre, y compris lors des pièces faisant intervenir plusieurs voix. Par ses inflexions amples, délicates et parfois arachnéennes, l’ensemble Correspondances étaie sans relâche le discours de Lucile Richardot et se hisse au niveau d’un accompagnateur éminent. Saluons donc le travail accompli par Sébastien Daucé et ses musiciens sur cet enregistrement en tous points admirable.

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Cyril Mazin, Opéra Magazine

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