Mise en scène des Histoires Sacrées de Marc-Antoine Charpentier – London Festival of Baroque Music

« Marc-Antoine Charpentier Histoires sacrées with Ensemble Correspondances, conducted by Sébastien Daucé, at St John’s Smith Square, part of the London Festival of the Baroque 2018. This striking staging, by Vincent Huguet, brought out its austere glory: every bit a treasure of the Grand Siècle, though this grandeur was dedicated not to Sun God but to God.

Les Histoires Sacrées de Charpentier avec l’ensemble Correspondances dirigé par Sébastien Daucé à St John’s Smith Square dans le cadre de l’édition 2018 du London Festival of Baroque Music. Cette mise en scène frappante de Vincent Huguet a fait ressortir sa gloire austère : un trésor du Grand Siècle en tous points, bien que cette grandeur n’était pas dédiée au Roi Soleil mais à Dieu.

Religion as theatre : and why not ? Like the architecture and ornamentation in baroque churches, devotional art served faith. Although St John’s Smith Square was built in the less florid Northern Baroque style, Huguet’s production transformed it, so it glowed. It felt as if we had stepped into a painting by Caravaggio or Velázquez.
La Religion comme théâtre : et pourquoi pas ? Comme l’architecture et les ornements dans les églises baroques, l’art dévot sert la foi. Bien que St John’s Smith Square  fut construite dans le style du Baroque du nord, moins ornementé, la création d’Huguet l’a transformée, au point de la faire briller. La pièce donnait l’impression d’être entré dans un tableau du Caravage ou de Velazquez. 

Charpentier’s Histoires sacrées have their roots both in sacred oratorio and in the mystery plays of the Middle Ages. Charpentier’s audiences were well versed in biblical and liturgical texts, so they could appreciate these « stories » told with sophistication. At the heart of this programme were three histoires – Judith ou Béthulie libérée H.391, Madeleine en larmes H.343 andCécile Vierge et Martyre H.397, framed by Ô Sacrement de Piété H.274, as prelude, Au parfum de tes onguents H.510) as interlude and Sous l’abri de ta miséricorde H.28 as postlude. This formal structure connects the three central characters, each of them a strong woman : Judith kills the Assyrian Holofernes who persecutes the Hebrews, Magdalena sings of her love for Christ and St Cecilia is martyred because she will not renounce her faith. Their stories are told through dramatic recitative, interspersed with choral and instrumental commentary and spoken narrative. While Judith’s story is the most developed, with many sections and variations, the others have individual character. Magdalena’s relatively short song is introduced by the vocal interlude, which mentions « scented oils », thus enhancing, figuratively, her odour of sanctity. The section about St Cecilia is bright and defiant, like the flames which devour the saint’s body, but not her soul. Towards the conclusion, the harpsichord, breaking from continuo, sings in joyous cadenza.

Les Histoires Sacrées de Charpentier prennent leurs racines à la fois dans les oratorios sacrés et dans les mystères médiévaux. Les publics de Charpentier connaissaient très bien les textes bibliques et liturgiques et pouvaient donc apprécier ces « histoires » racontées avec sophistication. Au coeur de ce programme se trouvent trois histoires : Judith ou Béthulie libérée H.391, Madeleine en larmes H.343 et Cécile Vierge et Martyre H.397, entouré par Ô Sacrement de Piété H.274 en prélude, Au parfum de tes onguents H.510 comme interlude et Sous l’abri de ta miséricorde H.28 comme postlude. Cette forme connecte les trois personnages centraux, chacun d’entre eux étant une femme forte : Judith tue Holopherne l’Assyrien qui persécute les Hébreux, Madeleine chante son amour pour le Christ et Sainte Cécile est martyre puisque elle refuse de renoncer à sa foi. Leurs histoires sont contées au travers d’un drame récitatif, parsemé de commentaires choraux et instrumentaux et d’une histoire, narrée. Tandis que l’histoire de Judith est la plus développée, avec beaucoup de sections et de variations, les autres ont un caractère plus individuel. La chanson relativement courte de Madeleine est introduite par l’interlude vocal mentionnant des « onguents parfumés », mettant ainsi en avant de façon figurative son odeur de sainteté. Le passage à propos de Sainte Cécile est clair et défiant, comme les flammes qui dévorent le corps de la sainte, mais pas son âme. Vers la conclusion, le clavecin s’émancipe de la basse continue et chante d’une joyeuse cadence.

Although the text was in Latin, the stories themselves aren’t hard to follow, and the work as a whole is propelled by vibrant musical logic, flowing freely from superb performances by the whole Ensemble Correspondances team. Modern performances of Charpentier’s Histoires sacrées were pioneered some years ago by Gérard Lesni and Il Seminario Musicale but there is still much more in this rich vein to be discovered. Sébastien Daucé and Ensemble Correspondances present these three histoires with flair, enhanced immeasurably by Vincent Huguet’s production. Huguet, who worked with Patrice Chéreau, understands the innate human drama in these narratives, though they may be expressed in stylized form. Large objects that resemble rockfaces, such as we see in 17th century depictions of biblical scenes, including symbolic olive trees. The idea that painting, or art, should be « realistic » is actually quite recent, and didn’t apply in Charpentier’s time. The simplicity of the sets also means that they can be moved quickly and quietly, without interrupting the flow of performance. Colours are added by lighting effects. Thoughtfully, the designers made use of the configuration of the building itself, using one of the high windows behind the stage to let light shine in « from above » as so often happens in devotional painting. As daylight faded to night, nature itself became part of the narrative. The singer’s movements also reflected those in religious painting – hands raised and pointed, directing attention away from the singers as themselves to the stories being told. Altogether a remarkable experience. How fortunate we were that Sébastien Daucé has brought top quality, cutting edge performance practice to London.

Bien que le texte était en Latin, les histoires elles-mêmes n’étaient pas difficiles à suivre, et le tout suivait une logique musicale vibrante découlant naturellement des superbes performances de toute l’équipe de l’ensemble Correspondances. Les premiers revisitations modernes des Histoires Sacrées de Charpentier ont été réalisées il y quelques années par Gérard Lesni et Il Seminario Musicale, mais beaucoup est encore à découvrir dans ce riche filon. Sébastien Daucé et Correspondances présentent ces trois histoires avec intuition, le tout embelli par la mise en scène de Vincent Huguet. [Ce dernier], qui a travaillé avec Patrice Chéreau, comprend les drames humains inhérents à ces récits, bien que ceux-ci soient présentés sous une forme stylisée. De larges objets ressemblant à des rochers tels que l’on peut en observer dans les représentations des scènes bibliques au XVIIe siècle, avec notamment la présence de l’arbre symbolique qu’est l’olivier. L’idée que la peinture – ou l’art – devrait être réaliste est en fait plutôt récente et ne s’appliquait pas du temps de Charpentier. La simplicité de l’installation montre également que les rochers peuvent être déplacés facilement et en silence, sans que le cours du spectacle ne soit interrompu pour autant. Des couleurs sont ajoutées à la performance grâce à des effets de lumière. Les créateurs ont su utilisés la configuration scénique consciencieusement, allant jusqu’à utiliser une des hautes fenêtres se tenant derrière la scène pour laisser place à une lumière « venant d’en haut » comme on l’observe souvent dans les peintures pieuses. Alors que la lumière du jour laisse place à la nuit, la nature elle-même devient une part du récit. Les mouvements des chanteurs renvoient également aux peintures religieuses, les mains levées et pointées vers le ciel, éloignant alors eux-mêmes l’attention prêtée aux chanteurs vers les histoires en train d’être contées. En somme, il s’agit là d’une expérience remarquable. C’était une véritable chance d’avoir pu assister au travail de pointe et de haute qualité de Sébastien Daucé à Londres.

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Anne Ozorio, Opera Today, 23 mai 2018

 

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